Stratégie sécuritaire des USA sous l'administration TRUMP, Les USA ont publié une synthèse de leur stratégie mondiale en matière de sécurité.

Stratégie sécuritaire des USA sous l’administration TRUMP, Les USA ont publié une synthèse de leur stratégie mondiale en matière de sécurité.

La publication d’un nouveau document de Stratégie de Sécurité Nationale (NSS) est généralement un événement attendu dans les cercles de politique étrangère, mais rarement une source de bouleversements majeurs. La plupart du temps, il s’agit d’ajustements, de réorientations subtiles.

Mais le document de 2025, qui vient d’être dévoilé par l’administration Trump, est d’une tout autre nature. Ce n’est pas une mise à jour ; c’est une démolition en règle de décennies de consensus américain en matière de politique étrangère, une répudiation directe du consensus mondialiste de l’après-guerre froide adopté par les élites républicaines comme démocrates. C’est pourquoi je vous fait une synthèse dans cet article.

La lecture de ce document permet de comprendre pourquoi l’administration TRUMP est cohérente avec elle-même et non au regard des actions du passé.

Oubliez les platitudes sur le leadership mondial et l’ordre international libéral. Cette nouvelle doctrine “America First” est un manifeste pragmatique, qui redéfinit les intérêts, les priorités et les alliances des États-Unis.

Le retour musclé de la doctrine Monroe : Le “Trump Corollary”

La première révélation est une réaffirmation spectaculaire de la prééminence américaine dans son propre voisinage. Le document ne se contente pas de dépoussiérer la doctrine Monroe, un principe de la politique étrangère américaine datant du 19ème siècle mais tombé en relative désuétude ; il lui ajoute ce qu’il nomme le “Trump Corollary“. Il ne s’agit pas d’un simple “corollaire” au sens d’une conséquence logique, mais d’une extension délibérée et assertive de la doctrine, affirmant sans équivoque que l’hémisphère occidental est, et restera, la sphère d’influence exclusive des États-Unis.

Les objectifs sont clairs :

Restaurer la prééminence américaine dans la région après des années de ce qui est décrit comme une “négligence”. C’est bien illustré par les prises de position du Président TRUMP sur les politiques européenne en matières de réglementation, d’immigration.

Protéger la patrie contre les menaces transfrontalières comme le trafic de drogue et la migration de masse. C’est déjà bien mis ne oeuvre avec les arrestations de masse faits par L’ICE

Refuser aux concurrents non-hémisphériques la capacité de positionner des forces militaires, de contrôler des infrastructures critiques ou de posséder des actifs stratégiques. On parle ici de ce qui se passe pour le Panama ou le Venezuela pour illustrer avec les sujets les plus abordés.

Pour y parvenir, la stratégie annonce des moyens concrets et musclés : un redéploiement de la présence militaire mondiale vers les Amériques, l’autorisation de l’usage de la force létale contre les cartels de la drogue, et une politique agressive pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques dans la région, au profit des entreprises américaines.

Fin du “free-riding” : La révolution des alliances

Si vous pensiez que le débat sur le partage du fardeau au sein de l’OTAN était vif, préparez-vous à une véritable révolution. Le document déclare que les États-Unis ne peuvent plus et ne veulent plus supporter le fardeau de la défense mondiale. L’ère du “free-riding” (le fait de profiter de la sécurité offerte par les États-Unis sans en payer le juste prix) est terminée.

Pour matérialiser ce changement, la stratégie introduit deux concepts clés :

Le “Hague Commitment : Il s’agit d’une nouvelle norme radicale exigeant que les pays de l’OTAN consacrent non pas 2 % de leur PIB à la défense – un objectif de longue date qui était déjà source de vives tensions et rarement atteint – mais 5 %. Ceci pour les USA baissent leur propre contribution.

La réalité c’est que cela devait être le cas depuis longtemps. Surtout l’Europe va prendre en main sa sécurité, ce qui est à terme un bien et une chance de retrouver sa souveraineté.

Le “Partage et transfert du fardeau” (Burden-Sharing and Burden-Shifting) : Le principe est simple. Les alliés doivent désormais assumer la responsabilité principale de la sécurité dans leurs propres régions. L’Amérique se positionne comme un “organisateur et supporter” plutôt que comme le premier répondant systématique.

Avec la Guerre en Ukraine on voit bien le changement. L’Europe doit acheter les matériels aux USA pour les livrer à l’Ukraine. Ce ne sont plus des dons des USA.

Ce changement de paradigme est résumé de manière percutante dans le document :

“The days of the United States propping up the entire world order like Atlas are over.”

Europe face à “l’effacement civilisationnel” : Un diagnostic inattendu

La section sur l’Europe est peut-être la plus surprenante du document. La préoccupation principale de Washington n’est plus la stagnation économique du continent ou ses faibles dépenses militaires. Le diagnostic est bien plus profond et, pour tout dire, existentiel.

La stratégie identifie une crise qu’elle nomme “l’effacement civilisationnel”. Le fait même d’utiliser un tel langage dans un document d’État officiel marque une rupture profonde ; les stratégies américaines se concentrent généralement sur des menaces militaires, économiques et politiques concrètes, rendant ce pivot vers des préoccupations idéologiques et démographiques tout à fait sans précédent.

Selon le texte, les véritables menaces qui pèsent sur l’Europe sont internes :

Des politiques migratoires jugées transformatrices et sources de conflits principalement du fait religieux entre des pays laïques et une immigration musulmane qui pratique un islam politique.

L’effondrement des taux de natalité qui pourrait rendre minoritaires les populations autochtones

La perte des identités nationales et de la confiance en soi collective. Une société WOKE selon la vision américaine qui accepté de se dissoudre dans le consensus.

L’objectif américain n’est donc pas seulement d’encourager l’Europe à se réarmer, mais de l’aider à “retrouver sa confiance civilisationnelle” et à rester “européenne”. C’est une intervention idéologique et culturelle d’une franchise inédite dans un document officiel de ce niveau.

La fin de la migration de masse comme priorité absolue de la sécurité nationale

Rompant radicalement avec les administrations précédentes qui traitaient l’immigration comme une question de gestion ou un enjeu humanitaire, ce document l’élève au rang de menace existentielle. La fin de la migration de masse n’est plus une question de politique intérieure, mais un impératif stratégique pour la survie de la république, la priorité absolue de la sécurité nationale.

Le raisonnement est martelé avec force : la migration de masse met à rude épreuve les ressources nationales, affaiblit la cohésion sociale, déforme les marchés du travail et sape la sécurité nationale en créant des vulnérabilités. La souveraineté, selon cette doctrine, se définit avant tout par une chose : le contrôle total et absolu de ses frontières et le droit de décider qui peut, ou ne peut pas, faire partie de l’avenir de la nation.

Le “Président de la Paix” : La diplomatie du deal comme arme stratégique

Malgré un ton globalement musclé et nationaliste, le document révèle une priorité contre-intuitive : la recherche active de la paix par la négociation d’accords. La stratégie présente Donald Trump comme “Le Président de la Paix”, non pas par idéalisme, mais par pur calcul stratégique.

L’administration TRUMP se targue d’une liste impressionnante d’accords de paix récemment conclus, dont certains semblaient impossibles il y a peu : un accord entre Israël et l’Iran, un autre entre le Pakistan et l’Inde, ou encore la fin de la guerre à Gaza avec le retour des otages.

La logique derrière cette “diplomatie du deal” est explicitée : négocier la paix, même dans des régions considérées comme périphériques aux intérêts vitaux américains, est un moyen extraordinairement rentable (en termes de temps et d’attention présidentielle) pour accroître l’influence américaine, réaligner des régions entières sur les intérêts de Washington et stabiliser le monde à moindre coût.

Focus sur la position et stratégie sécuritaire vis à vis de l’Europe

La position des États-Unis à l’égard de l’Europe, telle que détaillée dans la stratégie, est centrée sur le soutien à ses alliés tout en insistant sur la nécessité pour le continent de retrouver sa confiance en soi civilisationnelle et d’assumer une plus grande responsabilité pour sa propre défense,,.

La stratégie identifie plusieurs problèmes fondamentaux et établit des priorités claires pour y remédier :

Les États-Unis estiment que les problèmes de l’Europe sont profonds et vont au-delà du manque de dépenses militaires et de la stagnation économique.

L’Europe continentale a vu sa part du PIB mondial chuter (de 25 % en 1990 à 14 % aujourd’hui), en partie à cause de réglementations nationales et transnationales qui minent la créativité et l’industrie. Au passage cette règlementation gène les USA dans leurs exportations vers l’Europe. Concernant les règlementations numériques que je connais bien, le président TRUMP attaque la règlementation RGPD et IA act.

Ce déclin économique est éclipsé par la perspective d’une “éradication civilisationnelle. Les États-Unis craignent que le continent devienne méconnaissable d’ici 20 ans si les tendances actuelles se poursuivent. Sans le citer ils font allusion à l’immigration d’origine musulman en Europe.

Les problèmes plus larges comprennent les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, ainsi que des politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits. D’autres préoccupations incluent la censure de la liberté d’expression, la suppression de l’opposition politique.

La guerre en Ukraine a eu l’effet pervers d’accroître les dépendances externes de l’Europe, notamment celles de l’Allemagne (concernant le gaz liquide). Les États-Unis rejettent également les idéologies désastreuses du “changement climatique” et du “Net Zéro” qui ont tant nui à l’Europe.

Bien que les alliés européens jouissent d’un avantage militaire significatif sur la Russie (hormis les armes nucléaires), beaucoup considèrent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations avec la Russie nécessitera un engagement diplomatique américain significatif pour rétablir la stabilité stratégique.

Objectifs et Principes Clés de la stratégie TRUMP

L’objectif global des États-Unis est d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle.

Les États-Unis souhaitent que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en soi civilisationnelle et qu’elle abandonne sa focalisation ratée sur la suffocation réglementaire.

La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie véritable, la liberté d’expression, et les célébrations sans complexe du caractère et de l’histoire des nations européennes. Les États-Unis s’opposeront aux restrictions anti-démocratiques des libertés fondamentales en Europe imposées par les élites.

Les États-Unis ont un intérêt stratégique et culturel vital à ce que l’Europe soit forte, capable et confiante pour réussir la compétition mondiale et prévenir la domination par un adversaire.

Cette Stratégie de Sécurité Nationale n’est pas un simple ajustement de cap. C’est une refonte fondamentale de la vision que l’Amérique a d’elle-même et de son rôle dans le monde. Elle marque l’abandon délibéré du globalisme de l’après-guerre froide au profit d’un nationalisme pragmatique et transactionnel.

Cette doctrine n’est pas seulement un changement de politique ; c’est une réimagination fondamentale du rôle de l’Amérique. La question n’est pas seulement de savoir si cette stratégie réussira, mais quel genre de monde elle créera si elle y parvient.

Par Régis BAUDOUIN

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Régis BAUDOUIN

Producteur de XY Magazine depuis 2011, Président d'un éditeur de logiciels Cloud

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