Nous vivons de plus en plus dans un système qui nécessite de prouver son identité.

L’EUDI Wallet, Portefeuille d’identité numérique européen

Nous vivons de plus en plus dans un système qui nécessite de prouver son identité. Récemment de nouvelles lois prévoient de justifier son age pour les réseaux sociaux. Pour cela une identité numérique s’impose.

A chaque contrôle on donne plus de données que nécessaire en réalité. Faut-il sacrifier son intimité pour une simple transaction. Aujourd’hui, prouver sa majorité pour accéder à un service ou ouvrir un compte bancaire exige de scanner l’intégralité d’un titre d’identité.

C’est un paradoxe flagrant : pour une simple vérification d’âge, un tiers accède à votre adresse, votre lieu de naissance et votre nom complet. Ce partage excessif facilité l’usurpation d’identité et le traçage publicitaire systémique.

L’EUDI Wallet (European Digital Identity Wallet) promet de briser ce cycle. Plus qu’une application, c’est le pivot d’un changement de paradigme où l’utilisateur ne subit plus la collecte de données, mais orchestre sa propre « économie de la preuve ».

Quelques précisions sur le EUDI Wallet

Le Portefeuille Européen d’Identité Numérique (EUDI Wallet) est un système sécurisé de gestion de l’identité instauré pour permettre aux citoyens, résidents et entreprises de l’Union européenne de s’identifier et de s’authentifier en ligne et hors ligne. Ce dispositif s’appuie sur un cadre réglementaire et technique précis pour transformer les interactions numériques au sein du marché unique.

Le Cadre Juridique : eIDAS 2.0

La mise en place du EUDI Wallet repose sur le règlement eIDAS 2.0, adopté en avril 2024. Ce texte fait évoluer le cadre de 2014 pour imposer de nouvelles obligations :

  • D’ici fin 2026 : Chaque État membre doit fournir au moins un portefeuille numérique à ses citoyens. C’est cette année que vous allez découvrir votre identité numérique généralisée.
  • D’ici fin 2027 : Les entreprises soumises à la réglementation de lutte contre le blanchiment (AML), les grandes plateformes numériques et certains services publics devront obligatoirement accepter le portefeuille comme moyen d’identification.
  • Objectif 2030 : L’Union européenne ambitionne que 80 % des citoyens utilisent cette solution d’ici 2030.

Fonctionnement et Technologies Clés

Le portefeuille fonctionne comme une application mobile sécurisée stockant des identifiants numériques vérifiés (permis de conduire, diplômes, certificats de santé).

  • L’Architecture Reference Framework (ARF) : C’est le cadre technique qui définit les normes, protocoles et spécifications pour garantir l’interopérabilité entre les différents pays.
  • Zéro Knowledge Proof (ZKP) : Pour protéger la vie privée, le portefeuille utilise des preuves à divulgation nulle de connaissance. Cela permet, par exemple, de prouver que l’on est majeur sans révéler sa date de naissance exacte.
  • SD-JWT (Selective Disclosure JSON Web Tokens) : Cette technologie permet de ne dévoiler que les champs strictement nécessaires d’un document numérique.

Usages et Avantages pour les Utilisateurs

Le EUDI Wallet simplifie de nombreuses démarches quotidiennes :

  • Services Financiers : Ouverture de comptes bancaires ou demandes de prêts facilitées par la transmission instantanée de documents certifiés (KYC en temps réel).
  • Signatures Électroniques : Le portefeuille permettra de réaliser gratuitement des signatures électroniques qualifiées (QES), ayant la même valeur juridique qu’une signature manuscrite.
  • Services Publics et Vie Quotidienne : Demande de passeport, déclaration fiscale, accès à la sécurité sociale, ou encore enregistrement d’une carte SIM.

Mise en œuvre en France : France Identité

La France est particulièrement avancée grâce à l’application France Identité, qui sert de socle à cette transition.

  • Elle permet déjà d’accéder à des titres d’identité (CNI, permis de conduire numérique, carte grise) sur smartphone.
  • L’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) coordonne le consortium POTENTIAL, un projet pilote européen majeur impliquant 19 États membres pour tester les usages du portefeuille.

Pour les entreprises françaises, l’enjeu est immédiat. Grâce à l’avance prise par l’ANTS avec France Identité et le pilotage du consortium européen POTENTIAL, on dispose d’une longueur d’avance. Ce socle technique national permet d’anticiper le “go-to-regulatory” (conformité) sans sacrifier le “go-to-market” (expérience client).

Autant faut-il accepter pour chaque citoyen de disposer des identités compatibles, permis de conduire et carte d’identité.

Exemple pour un prêt bancaire.

Procédure actuelle

prêt bancaire
Prêt bancaire

Procédure numérique

prêt bancaire
Prêt bancaire

Enjeux et Risques Identifiés

Malgré les avantages en termes de lutte contre la fraude et de fluidité, plusieurs points de vigilance sont soulevés :

  • Risque de traçage : Certains craignent que l’utilisation du portefeuille ne laisse des traces permettant à l’État ou aux émetteurs de suivre les connexions des citoyens. Actuellement en France on a le droit de vivre sans permis ni carte d’identité. Avec ses systèmes vous devez vous enregistrer sur un de ces documents.
  • Cybersécurité (Article 45) : Le règlement oblige les navigateurs à accepter certains certificats de sécurité étatiques (QWAC), ce qui inquiète les experts quant à de possibles interceptions de trafic chiffré. Penser aussi aux textes de loi sur les back door gouvernementales pour contourner les cryptages.
  • Dépendance matérielle : Le portefeuille repose sur les composants de sécurité des smartphones contrôlés par des firmes américaines (Apple et Google) et chinoises, posant un défi de souveraineté technologique.

Pour les entreprises, l’intégration peut se faire soit en direct (gestion interne de la complexité technique et réglementaire), soit via des intermédiaires (plateformes comme Hopae ou Docusign) qui facilitent la connexion aux différents registres de confiance européens.

ThématiquePromesse (Vision UE)Risque (Critique des Opposants)
Vie PrivéeZéro Knowledge Proof : Vous prouvez votre âge sans donner votre date de naissance.Traçage d’usage : L’État ou le fournisseur du Wallet sait où et quand vous l’utilisez.
SécuritéCoffre-fort numérique : Fin des mots de passe volés et de l’usurpation d’identité.Point de défaillance unique : Si votre smartphone est compromis ou le système piraté, toute votre vie est exposée.
SouverainetéIndépendance : Une solution européenne pour ne plus dépendre de Facebook/Google Connect.Infrastructure US : Le Wallet repose sur les puces (Secure Enclave) d’Apple et Google.
Liberté d’accèsVolontariat : Le citoyen reste libre d’utiliser le format papier ou plastique.Obligation déguisée : Si les banques et services publics l’imposent pour “aller plus vite”, le refus devient impossible.
Web de confianceAuthentification forte : Moins de bots, de deepfakes et d’arnaques en ligne.Fin de l’anonymat : Risque de voir disparaître la possibilité de naviguer sous pseudonyme sur le Web.

Transformer la contrainte en opportunité

L’identité numérique n’est pas qu’une affaire de juristes ; c’est un levier de performance. La lourdeur des vérifications KYC (Know Your Customer) est le premier frein à la croissance.

L’EUDI Wallet transforme ce parcours :

  • De 7 étapes à une validation instantanée : Fini le scan de documents et la saisie manuelle. L’accès aux « credentials vérifiables » (diplômes, IBAN, attestations de fonds) fluidifie l’entrée en relation.
  • Synergie avec l’Open Banking : Dans la lignée de la DSP3, le Wallet devient l’infrastructure de confiance permettant de sécuriser les consentements et les interactions financières en temps réel.
  • Réduction drastique de la fraude : L’utilisation d’identités régaliennes de niveau d’assurance “élevé” élimine la fraude documentaire à la source.

Souveraineté et points de friction

Malgré l’optimisme technologique, des zones d’ombre persistent. Le débat s’est cristallisé autour de l’Article 45 du règlement. Les experts s’inquiètent de l’obligation faite aux navigateurs d’accepter des certificats de sécurité (QWAC) émis par les États. Le risque ? Des attaques de type Man-in-the-Middle, où un État pourrait théoriquement intercepter le trafic chiffré de ses citoyens.

Plus piquant encore est le paradoxe matériel : le Wallet repose sur des “enclaves sécurisées” (puces NFC et biométrie) intégrées aux smartphones. Ces technologies NFC sont américaines sur des smartphone chinois, coréen ou américains.

« L’Europe construit son identité ‘souveraine’ sur une infrastructure matérielle qu’elle ne maîtrise pas. »

L’identité régalienne de demain dépendra donc, en dernier ressort, de la bonne volonté d’Apple et Google à ouvrir leurs composants sécurisés. Enfin, subsiste le risque d’un traçage par l’émetteur (l’État) qui, bien que ne voyant pas le contenu des données via ZKP, pourrait enregistrer la fréquence et le lieu des authentifications, dessinant ainsi une “ombre numérique” persistante.

Conclusion : Vers une “économie de la preuve”

L’EUDI Wallet marque l’avènement d’une société où la preuve certifiée — qu’il s’agisse d’un diplôme, d’une attestation électronique d’attributs ou d’un statut professionnel — devient un actif fluide et portable. Pour les entreprises, c’est l’opportunité de passer d’un web de documents statiques à un web de confiance dynamique.

Cependant, le défi reste humain. Saurons-nous transformer cet outil en levier de souveraineté individuelle ou glisserons-nous vers une dépendance régalienne automatisée ?

Sources :

Commission européenne sur identité numérique

Réglement eIDAS

Par Régis BAUDOUIN

Régis BAUDOUIN

Producteur de XY Magazine depuis 2011, Président d'un éditeur de logiciels Cloud

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