Matter 2.0 et l'offensive IKEA : La domotique devient-elle un service public

Matter 2.0 et l’offensive IKEA

On a déjà parlé de domotique sur XY Magazine mais il faut bien avouer que c’était un sujet de niche réservé à des bidouilleurs passionnés. Matter 2.0 et l’offensive IKEA c’est clairement l’entrée sur ce marché d’un géant de la distribution avec des prix très attractifs.

Ce temps-là est officiellement révolu. En ce début d’année 2026, la maison connectée vit son “moment Windows 95” : une simplification radicale portée par la maturité du protocole Matter 2.0 et l’arrivé sur la marché mass market de géants comme IKEA.

Si la technologie devient invisible et bon marché, elle change de statut. D’un hobby pour technophiles, elle glisse vers un équipement de base de l’habitat, presque au même titre que l’électricité ou l’eau courante.

Mais cette “standardisation pour tous” est-elle un gage de liberté ou une nouvelle forme de dépendance ? Entre promesse d’interopérabilité totale et enjeux de souveraineté des données domestiques, XY Magazine décrypte la nouvelle infrastructure MATTER 2.0.

Matter 2.0 et l'offensive IKEA

Quand le le distributeur suédois démocratise le protocole MATTER 2.0


Le “Langage Universel” : Matter et Thread expliqués simplement

Pour comprendre pourquoi cette transition est capitale, il faut distinguer deux technologies complémentaires qui travaillent en coulisses. Leur standardisation permet de produire des composants moins couteux et de les diffuser à grande échelle en s’appuyant sur les service Amazon, Apple et Google.

• Matter : C’est le langage commun. C’est un standard universel qui permet à une ampoule connectée de “parler” nativement à un HomePod d’Apple, une enceinte Echo d’Amazon ou un Google Nest. Il garantit que tous vos appareils sont compatibles entre eux.

• Thread : C’est le réseau de transport. Contrairement au Wi-Fi, qui sature vite, Thread est un réseau maillé (“mesh”) local. Chaque appareil branché renforce le réseau pour les autres. L’un de ses grands atouts est sa capacité “auto-réparatrice” : si un routeur (comme une prise connectée) est débranché, le réseau redirige automatiquement les données par un autre chemin pour maintenir la connexion.

• Le Border Router : C’est le pont entre votre réseau internet et vos objets Thread. De nombreux appareils ,HomePod Mini, Apple TV 4K, Google Nest WiFi Pro, remplissent ce rôle.

Matter 2.0, c’est la version boostée : plus puissante, plus rapide et surtout, plus sécurisée grâce à une cryptographie digne d’un film d’espionnage. Elle élargit son champ d’action à la gestion d’énergie et à la gestion de l’eau. La maison devient intelligente et éco-responsable.

La domotique comme “Commodity”


La fin de la barrière du prix : De la technologie de pointe à moins de 10 €

IKEA s’est donné pour mission de démocratiser des technologies autrefois réservées aux technophiles avertis. L’annonce la plus marquante concerne le prix : la gamme débute aux alentours de 10 €, avec des produits phares comme un capteur de mouvement proposé à seulement 7,99 €. Pour ceux qui ne connaissent pas les prix, habituellement on est plutôt sur plus de 50€ pièce.

Jusqu’à présent, la technologie de la maison connectée n’était pas facile à utiliser pour la plupart des gens, ni assez abordable pour que beaucoup l’envisagent.

En intégrant Matter à ses produits, IKEA fait un grand pas dans la bonne direction. L’objectif du distributeur est de rendre la maison intelligente facile à utiliser, facile à comprendre et accessible au plus grand nombre.

La gamme annoncée en janvier 2026 dépasse largement l’éclairage classique, même si l’on note une légère baisse de la qualité perçue des plastiques et du “clic” des boutons par rapport à l’ancienne génération.

Il faut faire des compromis pour avoir des prix aussi agressifs. Avec des détecteurs et des capteurs, cette gamme devient complète pour un projet de domotique simple et peu couteux.

Alpstuga : Ce contrôleur de qualité d’air surveille la température, l’humidité, les PM 2.5 et le CO2. Avec son look de radio-réveil, il affiche l’heure, mais attention : l’écran ne peut pas être éteint, ce qui peut gêner dans une chambre. Il nécessite une alimentation USB-C. Usage concret : Une LED orange s’allume lorsque le CO2 dépasse les seuils recommandés, signalant qu’il faut aérer. On a déjà traité de ce sujet, la qualité de l’air dans les logements est trop négligée

Alpstuga
Alpstuga

Timer Flot : Un capteur de température et d’humidité discret. Son écran est éteint par défaut et s’active d’une pression. Il est ultra-réactif avec une mise à jour des données toutes les 5 minutes.

Clipbook : Evolution du capteur Badring, ce détecteur de fuite d’eau possède deux broches sous l’appareil. Dès qu’elles touchent de l’eau, il fait retentir une alarme sonore puissante. Le petit plus : Il fonctionne de manière autonome. Même sans hub domotique, il sonnera pour vous prévenir d’un dégât des eaux.

Prendre le contrôles de ses données

Comme toujours avec l’informatique, on peut s’en remettre aux GAFAM ou prendre en main son système. Comme évoqué plus avant le protocole MATTER 2.0 est livré avec les services des principaux GAFAM. Mais vous pouvez aussi le gérer vous même en local. C’est tout de suite un peu plus complexe car il faut construire une infrastructure. Si vous avez NAS qui tourne en permanence, lancez vous avec home assistant.

Home assistant est un OS et service indépendant qui vous permet de prendre en charge le protocole MATTER. Home assistant prend en charge tous les protocoles connus avec la possibilité d’être hébergé sur le serveur de votre choix. Vous gardez le contrôle de vos données.

home assistant
home assistant


L’intégration avec Home Assistant est facilitée par l’émergence du standard Matter, qui permet d’unifier la communication entre les appareils de différents fabricants. Home Assistant peut être utilisé comme la plateforme centrale pour permettre à des objets utilisant différents protocoles, comme le Zigbee, d’interagir avec le reste de la maison.

Pour les utilisateurs de cette solution, l’intégration des nouveaux produits Matter via Thread (comme la nouvelle gamme IKEA) est possible à condition de posséder un coordinateur réseau compatible, tel que le modèle MR1-U de chez SMLite. L’un des grands avantages de Matter est sa fonction « multi-admin », qui permet d’utiliser simultanément vos équipements sur plusieurs plateformes, incluant Home Assistant, Alexa ou Apple Home.

Voici les points clés concernant l’usage de Home Assistant avec les nouveaux standards :

  • Le cerveau du système : Il est possible de commencer avec un écosystème grand public simple (comme Apple Home) et d’ajouter Home Assistant plus tard pour gérer des automatisations plus complexes sans avoir à tout reconstruire.
  • Visibilité des capteurs : Une fois connectés, les appareils remontent diverses informations précises sous forme d’entités. Par exemple, pour un capteur de mouvement, Home Assistant affichera la détection de mouvement, l’intensité lumineuse en lux et le niveau de batterie.
  • Simplicité d’installation : Grâce au protocole Matter, l’ajout d’un produit se résume souvent à scanner un QR code pour qu’il soit reconnu par l’interface.
  • Compatibilité étendue : Les capteurs de température, d’humidité, de fuite d’eau ou de qualité de l’air (PM 2.5 et CO2) sont pleinement compatibles et permettent de créer des scénarios basés sur les variations de ces données.
  • Enfin, l’utilisation de Matter via Thread avec Home Assistant favorise un fonctionnement 100 % local, ce qui réduit les latences et évite la dépendance aux serveurs cloud des fabricants.

La simplicité et la baisse des prix ne doit pas se payer par une perte de contrôle.

Le CES 2026 a montré la voie suivi par les possibilité du protocole MATTER : serrures à reconnaissance faciale chez SwitchBot, thermostats muraux Thread chez Eve Systems, et éclairages immersifs chez Govee.

IKEA continue d’innover avec des intégrations dans ses meubles qui sera plus poussée. Attention cependant, tout objet connecter communique avec son serveur. Si celui-ci est à l’étranger, vous ne maitrisez plus l’usage de vos données captées (présence, absence, températures, usages).

Il faut garder en tête que ces données sont exploitées et revendues. C’est pour cela que je vous encourage à être hébergeur de vos données autant que possible pour en garder le contrôle.

Par Régis BAUDOUIN

Régis BAUDOUIN

Producteur de XY Magazine depuis 2011, Président d'un éditeur de logiciels Cloud

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